L’avocate féministe Gisèle Halimi est décédée !

La célèbre avocate est morte à l’âge de 93 ans. Au cours de sa longue carrière, elle s’est notamment battue pour la libéralisation de l’avortement et la criminalisation du viol.

Gisèle Halimi est l’une des figures de proue du féminisme français au même titre que des femmes comme Simone Veil ou Simone de Beauvoir, dont elle était d’ailleurs l’amie. La militante vient de s’éteindre le 28 juillet à Paris, soit le lendemain de ses 93 ans.

Née le 27 juillet 1927 à Tunis, dans le quartier de la Goulette, Gisèle déçoit son père, le très conservateur Edouard Taïeb qui voulait absolument un garçon. Ce dernier a été catastrophé de voir son épouse donner naissance à une fille. Selon la petite histoire, romancée ou non, le père, déçu du sexe de son enfant, aurait mis plusieurs semaines avant d’avouer à ses amis que son rejeton était une fille.

Preuve que le destin est parfois très ironique, cette petite demoiselle, non voulue par son père parce qu’elle n’était qu’une fille, deviendra la grande Gisèle Halimi, qui a eu tous les honneurs de son vivant et qui est à l’origine des grandes évolutions de la législation sur les droits des femmes en France. Son père en sera d’ailleurs très fier.

Un caractère très trempé

Née dans une famille conservatrice durant la première moitié du 20ème siècle, où on apprenait surtout aux filles à cuisiner et à trouver un bon mari, la jeune Gisèle se fait très vite remarquer. A 13 ans, s’estimant discriminée parce qu’elle doit faire le lit de son frère à sa place, l’adolescente entame une grève de la faim jusqu’à ce que ses parents cèdent. Ceux-ci n’ont sans doute pas immédiatement pris la mesure de la force de caractère de leur fille, dès lors qu’après son bac, ils essayent de lui faire épouser un jeune homme de leur choix. Mal leur en pris, la future militante féministe rue dans les brancards et refuse cette union arrangée. La détermination de la jeune fille est telle que ses parents font marche arrière et abandonnent le projet. 

Mais elle ne s’arrêtera pas là. Elle a un projet, elle veut devenir avocate.  C’est ainsi qu’elle quittera la Tunisie pour venir venir faire ses études de droit à Paris qu’elle réussira brillamment. Elle retournera en Tunisie pour s’inscrire au barreau. Ce sera le début d’une très grande carrière.

L’avocate des droits des femmes

En 1956 la jeune femme revient à Paris et épouse Paul Halimi, un haut-fonctionnaire. Dès son arrivée à Paris, elle militera pour l’indépendance de l’Algérie et de la Tunisie. Elle défendra notamment des militants indépendantistes algériens condamnés après des aveux arrachés sous la torture.  Elle se battra contre la torture et mettra même l’armée en cause, ce qui lui vaudra une brève détention. Mais on ne stoppe pas une femme comme Gisèle Halimi. Elle défendra Djamila Bouchapa, une indépendantiste torturée et violée pendant sa détention par des soldats français. En 1973, elle signera le manifeste des 343, une tribune publiée par 343 femmes reconnaissant ouvertement avoir eu recours à l’avortement clandestin et militant pour le droit à l’avortement. De plus elle fera relaxer une jeune fille poursuivie pour un avortement clandestin. Ces deux actions vont permettre à Simone Veil de pouvoir faire passer sa loi sur l’avortement. Ce texte entrera en vigueur en 1975. 

Mais l’avocate ne s’arrêtera pas là. En prenant la défense de deux jeunes femmes belges violées par trois hommes lors d’un séjour en France, Gisèle Halimi arrivera à faire criminaliser le viol en 1980.

Auteure d’une quinzaine d’ouvrages, dont beaucoup sont consacrés aux droits des femmes, Gisèle Halimi a également fait une incursion en politique et s’est fait élire députée. Elle sera ensuite ambassadrice auprès de l’UNESCO pendant 2 ans.

C’est cette grande porte-parole et défenseuse des droits des femmes qui vient de s’éteindre à Paris il y a quelques heures.