Rita Maalouf : « Y a-t-il un pilote dans l’avion du PS ? »

Secrétaire nationale du PS en charge des droits des femmes et de la parité, Rita Maalouf dénonce le renoncement de la direction du parti face à la perspective des élections européennes de mai 2019.
Quels enseignements tirez-vous du dernier conseil national du PS ?

Le samedi 13 octobre, le premier secrétaire du Parti socialiste a constaté, navré, le renoncement aux européennes du seul candidat crédible, Pierre Moscovici, mais aussi la départ du chef de file de l’aile gauche du parti, Emmanuel Maurel, et enfin la désignation, en tant que tête de liste des sociaux-démocrates européens, de l’hyper social-libéral et très Macro-compatible Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission européenne. Au bowling, cela s’appelle un strike, et aujourd’hui, il n’y a plus de quilles en jeu !

Vous êtes sévère avec Olivier Faure. Contestez-vous la ligne politique qu’il a choisie ?

Mon raisonnement est simple. Au niveau national, le Parti socialiste affirme se situer à équidistance de Macron et de Mélenchon depuis la recomposition du paysage politique issue des élections de 2017. Sur l’Europe, le PS ne peut espérer son salut que de l’électorat, hier « hollandais », aujourd’hui plutôt macroniste, mais qui commence à douter depuis que le gouvernement Philippe a largement dérivé à droite, et depuis les démissions coup sur coup de Nicolas Hulot et Gérard Collomb, deux ministres de poids, qui représentaient l’aile gauche de la majorité. Mais le premier secrétaire du PS a pris un très curieux contre-pied, et proposé un texte plus à gauche que celui du Parti communiste français, qui prend des accents mélenchonistes, et accuse quasiment la Commission européenne d’être « l’épicentre de l’ultralibéralisme ». Jacques Delors, au secours, ils sont devenus fous !

C’est un échec, selon vous ?

Oui, à l’évidence. Se positionner très à gauche ambitionnait de récupérer l’électorat parti chez la France insoumise, et ainsi de retenir Emmanuel Maurel dans les rangs du PS. Or cette manœuvre n’a pas empêché une partie de la minorité de la gauche du PS de rallier Mélenchon, et a conduit Pierre Moscovici à jeter l’éponge. Et, cerise sur le gâteau, le Parti socialiste européen a constaté que le PS français ne soutenait pas le commissaire européen Pierre Moscovici, et celui-ci s’est donc jeté dans les bras de Frans Timmermans, qui ne cache pas son envie de faire alliance avec Macron. Au final, le PS n’a toujours pas de candidats, et affiche une ligne tellement à gauche que l’on se demande pourquoi on ne fait pas une liste commune avec le PCF, Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, tandis que les écologistes se recentrent pour capter le reflux des électeurs de Macron. En résumé, c’est le règne d’Ubu…

Comment définissez-vous les enjeux des élections européennes pour le PS ?

Les enjeux sont historiques. L’Europe a une monnaie unique forte, mais qui pénalise les pays faibles, et l’Union n’a toujours pas de politique économique commune. L’Europe a un marché commun, mais des normes sociales et des fiscalités concurrentes, qui du coup freinent les projets européens d’harmonisation juridique des normes et pratiques sociales. Sur la question migratoire, l’Europe a vu l’Allemagne accueillir près d’un million de réfugiés, mais sans aucune concertation, ce qui a provoqué une flambée nationaliste dans tous les pays, et notamment en Allemagne, et compliqué encore davantage la gestion des migrants.

Sur l’écologie aussi, l’Europe prétend être l’acteur référent, mais les pays membres continuent de mener des politiques énergétiques différentes, et ne s’attaque pas aux constructeurs automobiles par exemple, qui traînent des pieds sur le développement des véhicules électriques. L’Europe se désintéresse de sa jeunesse : personne ne prête attention à la propositions de Julien Dray de taxer les Gafa [Google, Apple, Facebook, Amazon] pour financer une dotation universelle de 50.000 euros pour chaque jeune à ses 18 ans.

Enfin, je constate que dans les pays membres, les gouvernements se replient sur eux-mêmes, se focalisent sur les situations locales et domestiques, au moment où l’Europe est à bout de souffle et a besoin de reconstruire une ambition commune majeure.

Pensez-vous que le PS français soit à la hauteur de cette ambition ? 

Chut ! Le PS dort en rêvant d’une tête de liste qui lui éviterait de répondre à ces défis. Dans les territoires, les socialistes ont déjà décidé de s’occuper des municipales de 2020. Comme s’ils espéraient secrètement que les Français seront indifférents à notre résultat aux européennes, que les sondages donnent pour l’instant autour de 5 %. Le PS a la tête ailleurs, on se demande même s’il y a un pilote dans l’avion !

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